Béatrice ouvre la porte depuis sa chaise roulante électrique, en pressant avec son oreille un bouton placé derrière sa tête. Alors que ses membres ne peuvent plus bouger, son équipement lui permet d'allumer la lumière, monter les stores, téléphoner, envoyer des sms, ou encore prendre l'ascenseur.

Après un entretien riche en infos et en émotions, il est temps de se dire au revoir. Nous serrons la main de son mari. Mais avec elle, comment prendre congé ? Ses mains reposent, inertes, sur ses accoudoirs. Je suis embarrassée. Et je suis même embarrassée par mon embarras. Debout face à elle, nous la regardons intensément, sourions, et la remercions dix fois.

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L'appareil James 4, outil capital pour Béatrice

Elle nous ouvre la porte, je m'apprête à sortir, mais m'arrête tout net sur le palier. Je ne peux pas partir comme ça. Soudain je me remémore son anecdote: un jour, un monsieur sénégalais l'avait fixée longuement avant de l'interroger sans gêne: "En fait, vous êtes normale, ou pas normale ?". Ça a fait rire Béatrice, ravie qu'il ait osé demander avec une telle sincérité.

"Je ne sais comment dire au revoir"

Je me retourne. "Vous disiez que vous appréciez les questions franches ? Je ne sais pas comment vous dire au revoir; que faire ?" Elle ne me trouve pas ridicule, elle répond le plus naturellement du monde, ses yeux pleins de lumière et de douceur.

"Vous pouvez toucher ma main par exemple..." Soulagée, je m'approche et pose ma main sur la sienne. "...ou vous pouvez me faire une bise !" Les joues roses, je me penche pour l'embrasser. "Je suis bien contente d'avoir eu le courage de vous poser la question."

Le cœur léger, je peux cette fois franchir le palier et quitter l'appartement.

Texte et image: Martine Salomon